Sur la table se trouvent du poulet rôti, un gâteau de Noël et des décorations festives, avec un sapin de Noël artificiel décoré en arrière-plan.
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Difficile de trouver un symbole plus surprenant pour une soirée de Noël qu’un… seau de poulet de fast-food. Et pourtant ! Au Japon, c’est précisément lui qui occupe depuis des années une place particulière dans l’imaginaire de décembre. Derrière cette image singulière se cache une histoire de besoin de proximité et d’ambiance unique. Vous ne le croyez pas ? Lisez la suite ! 

 

 

 

  • Au Japon, le poulet de KFC fait désormais partie d’un rituel de décembre qui symbolise une soirée de Noël passée en famille. Aujourd’hui, des millions de familles commandent leurs menus bien à l’avance et les considèrent comme un élément essentiel de la soirée du 24 décembre. L’histoire de ce phénomène a commencé dans les années 70, lorsque KFC s’est implanté au Japon, puis a proposé un menu de Noël tout simple.

  • Noël est célébré différemment au Japon qu’en Occident : il revêt un caractère essentiellement commercial et n’est pas associé à une dimension religieuse. Seuls 0,7 % des Japonais sont chrétiens, et la majorité de la population n’associe pas cette période à la naissance du Christ. À Japon, Noël est avant tout l’occasion de passer du temps ensemble, de décorer les maisons et de faire des achats.
  • Aujourd’hui, le paysage japonais de décembre est marqué par les files d’attente pour les commandes de kits de Noël et les réservations anticipées, mais aussi – attention – par le gâteau aux fraises. Les Japonais passent ainsi la soirée du 24 décembre dans une ambiance intime et chaleureuse. Au fil des ans, ces traditions ont évolué – les marchés de Noël traditionnels de style européen, qui attirent tant les habitants que les touristes, gagnent également en popularité.

 

Noël au Japon suit depuis longtemps sa propre voie. Les fêtes japonaises ne s’inscrivent pas dans le rythme religieux connu dans les pays chrétiens, car moins de 1 % de la population se déclare chrétienne, et le 25 décembre n’est pas un jour férié dans ce pays. Malgré tout, en décembre, les villes s’illuminent de milliers de lumières, les magasins préparent leurs vitrines de Noël, et les restaurants et pâtisseries prennent des commandes saisonnières depuis des semaines.

 

Au cœur de cette ambiance se trouve une coutume qui semble presque incroyable aux yeux des visiteurs. Des milliers de familles et de couples viennent chercher le 24 décembre leurs coffrets de Noël chez KFC, souvent commandés plusieurs semaines à l’avance. Le poulet de cette chaîne de restauration rapide est devenu l’un des symboles les plus reconnaissables du Noël japonais. Pour comprendre comment cela s’est produit, il faut remonter plus de 50 ans en arrière.



Des personnes font la queue devant un restaurant KFC dans une rue de Tokyo pendant la période de Noël en 2010.

File d'attente devant l'entrée d'un restaurant KFC à Tokyo, Noël 2010. Source : Danny Choo / Wikimedia Commons (licence : CC BY-SA 2.0).

 

 

Comment la campagne « Kurisumasu ni wa Kentakkii » a-t-elle vu le jour pendant la période des fêtes ?

 

Le début de cette histoire remonte précisément à 1970, lorsque KFC a ouvert son premier restaurant au Japon, à Nagoya. La chaîne a rapidement attiré l’attention en tant que marque américaine fortement associée au mode d’alimentation occidental.

 

Selon une légende urbaine, c’est Takeshi Okawara, un responsable lié aux premiers restaurants KFC au Japon, qui serait à l’origine de cette tradition. Okawara aurait entendu une conversation entre des étrangers se plaignant de ne pas trouver de dinde à Tokyo pour Noël – dans les années 70, la dinde était pratiquement introuvable au Japon. Et puisque la dinde était difficile à trouver, le poulet a pu prendre sa place dans l’imaginaire des fêtes.

 

En 1974, KFC Japon a lancé une campagne marketing intitulée « Kentucky for Christmas », qui présentait le poulet frit comme le plat idéal pour les fêtes. Le slogan de cette campagne, « Kurisumasu ni wa Kentakkii ! », s’est très rapidement ancré dans la culture.

 

Des clients commandent au comptoir d’un restaurant KFC décoré pour Noël, avec une personne déguisée en Père Noël à côté.

Des personnes font la queue devant un restaurant KFC dans une rue de Tokyo à Noël 2010. Source : kennejima / Wikimedia Commons (licence : CC BY 2.0).

 

Le premier menu de Noël comprenait 8 morceaux de « fried chicken » ainsi que des accompagnements, tels qu’une salade et une bouteille de vin. Il coûtait 2 920 yens, soit environ 10 dollars selon les prix du milieu des années 70, ce qui représentait une somme non négligeable. Malgré leur prix, ces menus ont suscité un vif intérêt. Les clients obtenaient quelque chose qui leur manquait auparavant : un programme simple pour la soirée de Noël. Au lieu d’inventer eux-mêmes de nouvelles traditions, ils pouvaient se tourner vers un scénario tout prêt, qui alliait un repas chaud, une touche de style occidental et le sentiment de participer à quelque chose de moderne et de festif.

 

 

Pourquoi les Japonais ont-ils adopté la tradition du poulet frit à Noël ?

 

Au Japon, Noël revêt un caractère laïc : l’ambiance festive est très marquée, mais elle ne découle pas du calendrier religieux. Elle est créée par les lumières et les décorations dans les rues de Tokyo, d’Osaka ou de Yokohama, par les friandises de saison et par les repas pris en commun. Les illuminations de Noël japonaises attirent des millions de visiteurs : citons par exemple la Blue Cave à Shibuya, où des milliers de lumières illuminent les rues, créant une atmosphère magique. Les hôtels, les grands magasins et les restaurants créent une ambiance chaleureuse, élégante et empreinte d’une touche de faste festif.

 

Une allée d’arbres à Tokyo est illuminée par des lumières LED bleues intenses, créant l’installation lumineuse Blue Cave à Shibuya.

Une allée d'arbres à Tokyo, illuminée par des lumières LED d'un bleu intense, créant une illumination festive dans les environs de Shibuya, connue sous le nom de Blue Cave. Source : Nagatoshi Shimamura / Unsplash (Licence Unsplash).

 

Dans un tel décor, il était facile d’ancrer une coutume que l’on pouvait simplement reproduire chaque année. Le menu de Noël de KFC s’est rapidement imposé comme un élément incontournable de la soirée du 24 décembre. Il suffisait de passer commande à l’avance, de venir la chercher à l’heure prévue et de la ramener à la maison sans longues préparations.

 

La forme même du repas avait également son importance. Le poulet est facile à mettre sur la table et à partager entre plusieurs personnes, c’est pourquoi il s’est bien intégré à la manière informelle et familiale de célébrer Noël. Dans le contexte des grandes villes, du rythme de vie effréné et du caractère laïc de Noël, cette coutume avait toutes les conditions pour perdurer. Au bout de quelques décennies, le seau de poulet a cessé de surprendre et a commencé à être associé au 24 décembre tout autant que les autres images saisonnières de décembre.

 

L'image même des fêtes occidentales telle qu'elle était perçue au Japon a également joué un rôle important. Pour beaucoup, les fêtes étaient synonymes de lumières, d'emballages élégants, de plaisir, de cadeaux et de moments passés ensemble. Il ne s’agissait pas de reproduire un rituel religieux, mais de créer sa propre version de la chaleur de décembre. Car les fêtes au Japon sont l’occasion de se retrouver en famille et entre amis, et pour certaines personnes, c’est aussi un moment de congé.

 

 

Comment KFC est-il devenu partie intégrante de la tradition de Noël au Japon ?

 

Au bout de quelques décennies, cette coutume a pris une ampleur impressionnante.

 

On estime que chaque année, environ 3,6 millions de familles japonaises commandent chez KFC. Pendant la période de Noël, KFC Japan génère un chiffre d’affaires environ dix fois supérieur à celui des jours ordinaires. Rien qu’entre le 20 et le 25 décembre 2018, KFC a réalisé près de 63 millions de dollars américains de chiffre d’affaires au Japon, ce qui témoigne de l’énorme popularité du poulet frit et du menu de Noël de cette enseigne. De nombreuses personnes effectuent leurs réservations dès le mois d’octobre, car les formules les plus prisées et les créneaux horaires de retrait sont très vite épuisés.

 

Les 23 et 24 décembre sont les jours les plus chargés. C'est précisément à ce moment-là que de longues files d'attente se forment devant les restaurants, et le temps d'attente peut atteindre jusqu'à deux heures. Les personnes qui participent à cette tradition partagent souvent leurs expériences personnelles : elles récupèrent les boîtes commandées à l'avance, les transportent à travers les rues décorées et rentrent chez elles avec.

 

Un panneau devant un restaurant KFC à Tokyo indique un temps d’attente de 30 minutes pour les commandes de Noël.

Panneau indiquant un temps d'attente de 30 minutes pour l'offre spéciale de Noël de KFC à Tokyo, Noël 2010. Source : Danny Choo / Wikimedia Commons (licence : CC BY-SA 2.0).

 

L'affluence est telle que, pendant les fêtes, les employés de bureau et les cadres viennent également prêter main-forte pour servir les clients. Les restaurants préparent des menus spéciaux accompagnés de garnitures, d'un gâteau et d'un emballage de saison, et le colonel Sanders, vêtu d'un costume de Père Noël, se tient souvent devant les entrées.

 

 

Non seulement la restauration rapide, mais aussi… le gâteau aux fraises

 

Outre le poulet de KFC, deux autres symboles se sont solidement implantés dans le Noël japonais : le gâteau aux fraises et la soirée du 24 décembre, vécue dans une atmosphère plus romantique que familiale. Les Japonais ont puisé leur inspiration pour ces coutumes dans les traditions occidentales, et pendant la période des fêtes au Japon, on peut trouver une grande variété d’articles de Noël – des décorations aux cadeaux, en passant par des plats et des desserts spéciaux. Ce sont précisément ces éléments qui montrent le mieux à quel point les fêtes locales ont suivi leur propre voie.

 

 

Le gâteau de Noël aux fraises, deuxième symbole de Noël

 

Le poulet n’est pas le seul protagoniste du mois de décembre japonais. Le Kurisumasu keeki, c’est-à-dire le gâteau de Noël japonais, occupe également une place très importante. Il s’agit d’un Christmas Cake typique, c’est-à-dire un gâteau de Noël que l’on peut acheter dans de nombreux endroits : une génoise fourrée de crème fouettée et de fraises fraîches.

 

En 1910, la pâtisserie Fujiya de Yokohama a mis en vente le premier gâteau de Noël japonais, qui était un simple gâteau aux fruits à l'anglaise. La popularité du Kurisumasu keeki s'est accrue grâce à une campagne publicitaire menée dans les années 60, qui présentait ce gâteau à la crème fouettée et aux fraises comme un produit de luxe destiné aux occasions spéciales. Ce dessert s'inspire des traditions de Noël occidentales.

 

Une part de gâteau de Noël avec de la crème et des fraises est posée sur une assiette, tandis que le gâteau entier décoré est visible en arrière-plan.

Gâteau de Noël aux fraises. Source : Geovane Souza / Pexels (Licence Pexels).

 

Ce gâteau s’intégrait parfaitement à la manière japonaise de célébrer les fêtes. Il avait un aspect solennel, était facile à commander et conférait immédiatement un caractère festif à la soirée. Les couleurs jouaient également un rôle important. Le blanc de la crème et le rouge des fraises attiraient le regard et composaient un dessert qui faisait bonne figure sur la table de fête. Le goût unique de ce gâteau de Noël, sa texture délicate et son arôme font qu’il est très apprécié des Japonais pendant la période de Noël.

 

Avec le développement de l’économie et l’amélioration de l’accès aux ingrédients, ce gâteau est devenu un élément incontournable des achats de décembre. Aujourd’hui, on peut le commander dans les pâtisseries, les supermarchés, les grands magasins et même les supérettes. Beaucoup de gens le font bien à l’avance, tout comme pour le poulet de Noël.

 

 

Pourquoi le réveillon de Noël au Pays du Cerisier en Fleur ressemble-t-il à la Saint-Valentin ?

 

Cela devient encore plus intéressant lorsqu’on examine la signification émotionnelle du 24 décembre au Japon : celle-ci revêt souvent un caractère… romantique ! Les couples réservent des tables au restaurant pour planifier une soirée romantique : les amoureux se promènent souvent parmi les illuminations ou se rendent au restaurant, considérant cette journée comme une occasion spéciale d’être ensemble. Les villes préparent un magnifique décor pour cette nuit. Les centres commerciaux, les hôtels et les rues créent une ambiance propice aux rendez-vous amoureux, aux photos à deux et aux dîners tranquilles.

 

Cette ambiance romantique n’exclut pas la dimension familiale des fêtes, mais en modifie fortement les accents. Noël ne doit pas nécessairement se résumer à un seul modèle de réunion. Il existe de nombreuses façons de passer les fêtes : pour certains, ce sera une soirée en famille avec un repas de fête sur la table ; pour d’autres, un dîner à deux, un cadeau et une promenade dans la ville illuminée.

 

Au Japon, cependant, c’est le Nouvel An qui constitue la fête familiale la plus importante, lorsque les familles se réunissent, se rendent dans les temples et célèbrent les traditions. Dans les deux cas, l’essentiel reste le même : la chaleur de la présence et l’envie de faire une pause au cœur de l’hiver.

 

Une terrasse sur le toit du bâtiment Dai-Nagoya à Tokyo est décorée avec des illuminations festives et des sapins, entourée de bâtiments modernes.

Illuminations de Noël au Sky Garden, au 5e étage du bâtiment Dai-Nagoya. Source : KKPCW / Wikimedia Commons (licence : CC BY-SA 4.0).

 


 

Photo principale : Poulet et gâteau de Noël pour le réveillon, entourés d’un sapin artificiel. Source : Tim Douglas / Pexels (licence Pexels).