L'amas NGC 2264, surnommé « Christmas Tree Cluster », photographié par des télescopes collaborant avec la NASA.
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Quelques petits objets de Noël, un petit sapin fixé à l’intérieur, une chaussette suspendue près de la table, des lampes de poche faisant office de bougies et la vue de la Terre par la fenêtre. Voilà à quoi ressemblent les fêtes là où il n’y a ni sol, ni salon classique, ni place pour les grandes décorations. Et pourtant, il est étonnamment facile de reconnaître dans ces scènes quelque chose de très familier. Les astronautes de la Station spatiale internationale (ISS) célèbrent Noël en accrochant des chaussettes de Noël et en ouvrant les cadeaux envoyés depuis la Terre, ce qui renforce le sentiment de communauté et d’unité. Il y a un repas partagé, une touche d’humour, un geste chaleureux et le besoin de ressentir, ne serait-ce qu’un instant, le rythme de décembre. 

 

 

 

  • Le sapin de Noël spatial ressemble rarement à un sapin classique tel qu’on le trouve à la maison. En orbite, on voit plus souvent une décoration miniature, une bannière en tissu, une application brodée ou une construction ingénieuse réalisée à partir d’éléments déjà présents à bord. Décorer ensemble le sapin et observer les levers de soleil depuis l’orbite renforce le sentiment d’unité au sein de l’équipage, et les fêtes sont traditionnellement un moment de retrouvailles entre amis, même dans l’espace. Il est important de noter que la réalité des décorations de Noël dans l’espace diffère souvent de l’image que l’on s’en fait sur Terre : les scènes sont adaptées aux contraintes techniques et ne reflètent pas toujours la vision traditionnelle du sapin.
  • Les décorations de Noël à bord de la station spatiale doivent respecter des règles très précises. Le poids, le volume, l’inflammabilité des matériaux, le dégazage, la facilité de stockage et l’absence de particules susceptibles de flotter dans l’espace sont des critères essentiels.
  • Les fêtes dans l’espace revêtent une importance capitale pour le moral de l’équipage. Un repas pris en commun, un petit sapin et quelques décorations symboliques aident à atténuer l’isolement et rappellent le foyer. Parmi les traditions, on retrouve également la préparation de lait et de biscuits pour l’arrivée du Père Noël, ainsi que l’ouverture des cadeaux cachés dans des chaussettes de Noël : ce sont là des traditions annuelles à bord de l’ISS. Le besoin de ressentir le rythme de décembre permet aux astronautes, grâce à ces rituels, de retrouver un sentiment de proximité avec leur famille et la Terre.

 

Ce qui est le plus émouvant dans les fêtes en orbite, c’est de constater à quel point il en faut peu. Parfois, un petit sapin près de la table suffit, parfois une banderole accrochée au mur, parfois une plaisanterie lancée au centre de contrôle de vol. L’imagination fait le reste.

 

C’est précisément pour cette raison que l’histoire des fêtes spatiales est si captivante. Elle allie technologie et tendresse, procédures et associations familiales. Elle montre également que, même à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la Terre, l’homme continue de rechercher les signes de décembre qu’il connaît de chez lui.



D'Apollo 8 à l'ISS. Comment sont nées les fêtes de Noël dans l'espace

La tradition de Noël en orbite ne s’est pas manifestée d’emblée sous la forme d’un sapin et de décorations. Il y a d’abord eu la symbolique.

 

En décembre 1968, l’équipage de la mission Apollo 8 fut le premier groupe d’astronautes de l’histoire à célébrer Noël, en orbite autour de la Lune. C’est à ce moment-là que le monde a assisté à l’une des scènes de Noël les plus mémorables de l’histoire des vols spatiaux. Les astronautes ont diffusé une émission au cours de laquelle ils ont lu, pendant la veille de Noël, un passage du livre de la Genèse, suivi par un milliard de personnes dans 64 pays à travers le monde. Des millions de personnes ont écouté ces voix venues de l’espace le soir de la veille de Noël.

 

Le sujet des fêtes de Noël dans l’espace a aussi été marqué par un événement musical inédit : en 1965, les astronautes de Gemini 6 ont réalisé le premier concert musical en direct depuis l’espace, jouant "Jingle Bells" à l’harmonica et aux grelots, ce qui a contribué à humaniser la conquête spatiale.

 

 

Le lendemain, le 25 décembre 1968, survint un moment bien plus léger, mais tout aussi mémorable. Après la manœuvre de retour, alors que les astronautes quittaient l’orbite lunaire, Jim Lovell fit part de la nouvelle au centre de contrôle :

 

„Roger, please be informed there is a Santa Claus”

 

Depuis que Frank Borman, James Lovell et William Anders ont été les premiers de l’histoire à quitter l’orbite terrestre, les fêtes dans l’espace sont devenues une tradition. Même lors de missions d’une importance capitale, les astronautes cherchaient un moment qui sonne familier et humain :

 

  • En 1973, l’équipage de Skylab 4 a passé Thanksgiving, Noël et le Nouvel An dans l’espace.

  • En 1993, lors de la mission STS 61, la célébration de Hanoukka dans l’espace a été documentée (en raison des restrictions relatives au feu, la menorah n’a pas été allumée).

  • En 1999, les membres de l’équipage de la mission STS 103, dont Jean-François Clervoy, premier Français à avoir célébré Noël dans l’espace, ont été les premiers à fêter les fêtes à bord de la navette Discovery.

 

Depuis lors, les équipages des missions de la NASA, l’agence spatiale américaine, célèbrent régulièrement les fêtes en orbite, et avec le début de la présence permanente d’hommes à bord de l’ISS, les vœux de fin d’année et les repas collectifs de décembre sont devenus une tradition annuelle.

 

 

Le premier sapin de Noël en orbite ? Skylab 4 l’a fait à sa manière

 

Pour remonter aux origines du sapin de Noël spatial, il faut remonter au 24 décembre 1973. Les astronautes de la mission Skylab 4 ne disposaient ni d’un sapin tout prêt ni d’une boîte de décorations. Ils ont donc fait quelque chose de bien plus intéressant : après le repas, l’équipage a construit un sapin en utilisant principalement des boîtes de conserve, ainsi que d’autres matériaux disponibles à bord. Par exemple, ils ont aussi utilisé des autocollants colorés et des emballages pour compléter la décoration. C’est ainsi qu’est né un sapin de Noël spatial improvisé, décoré d’une comète en carton de Kohoutka – un motif important de cette mission – et d’autocollants colorés.

 

« Sapin » de Noël créé par l’équipage de Skylab 4 en orbite, le 24 décembre 1973.

« Sapin » de Noël créé par l’équipage de Skylab 4 en orbite, le 24 décembre 1973. Source : NASA (domaine public), via Wikimedia Commons.

 

Cette histoire illustre parfaitement le fonctionnement de l’imagination orbitale. Au lieu d’un sapin classique, c’est un sapin de Noël composé d’objets qui se trouvaient déjà à bord – principalement des boîtes de conserve et d’autres restes – qui a vu le jour. La cause de cette improvisation réside dans le manque de ressources et la nécessité d’utiliser uniquement ce qui était disponible à bord, sans chargement supplémentaire, sans occuper d’espace précieux, sans compliquer la logistique. Un peu comme une décoration de Noël faite à la maison avec les enfants à partir de ce qui se trouve sous la main, mais à quelques centaines de kilomètres au-dessus de la Terre.

 

 

À quoi ressemble un sapin de Noël en apesanteur ?

 

En orbite, l’arbre de Noël ne trône presque jamais fièrement au milieu de la pièce. Le plus souvent, on le fixe à l’intérieur, on le place près de la table, on le suspend sous forme de bannière ou on le réduit à un motif symbolique. Les décorations suivent un thème spatial, assurant une cohérence thématique entre les éléments utilisés, ce qui renforce l’immersion dans l’ambiance de Noël même en apesanteur.

 

Les astronautes partagent régulièrement des contenus, comme des photos et des vidéos de leurs arbres de Noël improvisés et des décorations, permettant au public de découvrir comment la magie de Noël s’invite dans l’espace.

 

 

Un mini-sapin près de la table

 

Sur cette photo datée du 28 décembre 2005, prise dans le module de service Zvezda de l’ISS, on aperçoit deux membres d’équipage coiffés de bonnets de Père Noël. Ils tiennent des chaussettes de Noël, et sur la table se trouvent un petit sapin et une figurine du Père Noël. Les couleurs vives des décorations et les lumières festives installées pour l’occasion créent une ambiance chaleureuse et joyeuse, rappelant l’esprit de Noël même en orbite. La scène semble étonnamment familière. La différence réside dans le fait que tout doit être bien disposé et sécurisé, car en apesanteur, rien ne reste là où on l’a posé.

 

L'astronaute William S. McArthur Jr. et le cosmonaute Valery I. Tokarev posent pour une photo de Noël à bord de la Station spatiale internationale, décembre 2005.

L’astronaute William S. McArthur Jr. et le cosmonaute Valery I. Tokarev posent pour une photo de Noël à bord de la Station spatiale internationale, décembre 2005. Source : NASA (domaine public), via Wikimedia Commons.

 

 

Un sapin de Noël dans la plus belle fenêtre sur la Terre

 

Le 25 décembre 2015, l’équipage de l’Expédition 46 a décoré la Cupola, le module doté de fenêtres panoramiques. Un petit sapin de Noël y a été fixé à l’intérieur. Difficile de trouver un endroit plus symbolique. D’un côté, un symbole de Noël, de l’autre, la Terre et le ciel étoilé vus depuis l’orbite. Depuis la Cupola, il est même possible d’apercevoir la Voie lactée traversant le ciel, offrant un spectacle unique pour célébrer Noël dans l’espace. De telles photos se passent de longs discours.

 

Sapin de Noël décoré dans le module Cupola de la Station spatiale internationale, le 25 décembre 2015.

Sapin de Noël décoré dans le module Cupola de la Station spatiale internationale, le 25 décembre 2015. Source : NASA (domaine public), via Wikimedia Commons.

 

 

Un sapin sous forme de bannière

 

À bord de l’ISS, les décorations ne doivent pas nécessairement prendre une forme tridimensionnelle. À Noël 2019, le module Unity s’est paré de chaussettes, de « bougies » réalisées à partir de lampes de poche et d’une bannière représentant une version plate du sapin de Noël. Il s’agit d’une solution très pratique. Une décoration plate est facile à transporter, facile à ranger et ne risque pas de disperser de petits éléments dans la cabine.

 

Ces images de décorations festives, y compris les versions plates ou arrangées, sont souvent publiées sur le site officiel de la NASA, qui propose régulièrement des clichés et explications sur la vie à bord de la station pendant les fêtes.

 

Brunch de Noël de l'équipage de l'Expédition 61 à la Station spatiale internationale, décembre 2019.

Brunch de Noël de l’équipage de l’Expédition 61 à la Station spatiale internationale, décembre 2019. Source : NASA (domaine public).

 

 

Un sapin de Noël comme élément central de la table commune

 

Les photos et les récits des années suivantes montrent que les décorations s’articulent le plus souvent autour du repas commun. Ce fut également le cas le 25 décembre 2023, lorsque la NASA a présenté le repas de Noël de l’équipage international composé d’astronautes de la NASA, de l’ESA et de la JAXA. À cette occasion, l’équipage a partagé des données et des contenus multimédias pour documenter et diffuser la célébration auprès du public et des équipes au sol. Une petite décoration sert alors de point central à l’ensemble de la scène.

 

L'équipage de l'Expédition 70 célèbre Noël ensemble à bord de la Station spatiale internationale, le 25 décembre 2023.

L’équipage de l’Expédition 70 célèbre Noël ensemble à bord de la Station spatiale internationale, le 25 décembre 2023. Source : NASA Johnson Space Center (domaine public), via Wikimedia Commons.

 

 

Les fêtes à la Station spatiale internationale. De petites décorations, un équipage multinational

 

L'ISS a donné un nouveau rythme aux fêtes spatiales. Auparavant, il s'agissait de moments isolés ; aujourd'hui, c'est une tradition annuelle. Depuis l'Expédition 1, c'est-à-dire depuis 2000, le mois de décembre à la station est régulièrement marqué par des vœux, des photos de groupe et un repas de fête.

 

Cette année, Noël à l’ISS a été célébré par des astronautes de la NASA et de l’Agence spatiale européenne, dont un astronaute britannique, ainsi que par des cosmonautes russes, qui ont partagé les traditions de différents pays et cultures. Les astronautes et les cosmonautes discutent et envoient des messages à leurs familles et aux gens du monde entier, soulignant ainsi la dimension mondiale de ces fêtes. Thomas Marshburn, astronaute de la NASA, a souligné dans son intervention que « en cette période exceptionnelle, tous les peuples du monde peuvent ressentir l’unité et la communauté, quel que soit l’endroit où ils se trouvent ». Les familles, les gens et le sentiment de communauté jouent un rôle clé dans les célébrations de Noël à bord de l’ISS, rappelant à l’équipage les liens qui les unissent à la Terre.

 

Il est particulièrement intéressant de noter que l’ISS est le lieu de rencontre de différentes cultures et de différents calendriers. Dans la tradition occidentale, le 25 décembre revêt une importance particulière. Dans le segment russe, le Nouvel An occupe également une place très importante. Dans la pratique, ces traditions s’entremêlent à merveille à bord de la station. À côté des touches de Noël, on trouve des décorations du Nouvel An, et le « sapin » est davantage considéré comme un symbole hivernal et festif.

 

L’humour revient également régulièrement. Dans les documents de la NASA et de Roscosmos, on retrouve souvent des bonnets de Père Noël, des chaussettes, de petites blagues et un ton léger. Dans un environnement aussi exigeant, cela revêt une importance considérable. Quelques accessoires et une photo de groupe contribuent à détendre l’atmosphère pendant un instant.

 

L'astronaute Scott Kelly coiffé d'un bonnet de Noël à bord de la Station spatiale internationale, décembre 2010.

L'astronaute Scott Kelly coiffé d'un bonnet de Noël à bord de la Station spatiale internationale, décembre 2010. Source : NASA (domaine public), via Wikimedia Commons.

 

 

Pourquoi un sapin de Noël spatial doit-il être léger, petit et sûr ?

 

À la maison, on se préoccupe généralement de la hauteur du sapin et du style des décorations. À la station spatiale, les premières questions sont différentes. Combien pèse tel ou tel objet ? Combien de place prend-il ? De quoi est-il fait ? Peut-on le transporter et le ranger en toute sécurité ?

 

Cela illustre très bien la limite imposée aux petits objets personnels d’un astronaute en route vers l’ISS. Le Personal Preference Kit ne mesure que 5 × 8 × 2 pouces, soit environ 12,7 × 20,3 × 5,1 cm. C’est tout ce qui reste pour les souvenirs, les petits cadeaux et les symboles personnels. Il est difficile de faire preuve de fantaisie décorative dans un tel paquet. En revanche, on peut facilement y glisser une petite décoration, une banderole pliable, une application textile ou un petit détail festif.

 

À cela s’ajoute la question de la déclaration préalable du contenu. Un tel objet ne part pas en orbite de manière spontanée. Il doit figurer sur une liste et suivre le processus d’approbation approprié. Les décorations légères, petites, réutilisables et faciles à emballer s’avèrent donc les plus pratiques. Un autre point important concerne la phase de préparation, c’est-à-dire le choix de décorations faciles à installer et tout aussi faciles à démonter après les fêtes.

 

C’est précisément pour cette raison que les mini-sapins, les banderoles, les décorations brodées et les idées utilisant des éléments déjà présents sur la station font si bien l’affaire. Skylab 4 l’avait déjà compris intuitivement en 1973.

 

 

Qu'apporte le rituel de Noël aux astronautes ?

 

Sur les photos prises en orbite en décembre, c'est surtout l'échelle de ces gestes qui touche le plus. Quelques chaussettes. Des bonnets de Père Noël. Un petit sapin. Une table de fête. Des lampes de poche faisant office de bougies. Cela suffit pour adoucir l'intérieur de la station l'espace d'un instant.

 

Lors des fêtes spatiales à la Station spatiale internationale (ISS), les astronautes se sont régalés d’un menu spécial pour leur réveillon : de la dinde fumée, des pommes de terre douces, des haricots verts et de la sauce au maïs lyophilisée. Parmi les autres plats, on trouvait également du porc salé accompagné de lentilles, du ragoût, des plats à base de porc, des pommes de terre et des tortillas mexicaines. Ces repas de fête permettaient de retrouver l’ambiance de la maison, même dans l’espace.

 

Les célébrations du Nouvel An n’ont pas manqué non plus : les astronautes portaient des toasts dans des verres pour fêter l’arrivée de la nouvelle année en orbite. Étant donné que la Terre tourne autour du Soleil assez rapidement, ils peuvent fêter le Nouvel An jusqu’à plusieurs fois par jour.

 

Pour les astronautes, un tel rituel revêt une immense importance. Les missions impliquent une séparation d’avec les proches, un espace confiné, un emploi du temps chargé et de lourdes responsabilités. Un repas pris en commun, une décoration accrochée au mur et un symbole bien connu aident à reprendre son souffle. Ils apportent quelque chose de familier au quotidien. À cette occasion, les astronautes envoient des messages radio à leurs proches et sur Terre, et écrivent également des poèmes de vœux de fin d’année, comme l’a fait William Shepherd dans le journal de bord de l’ISS.

 

Andreas Mogensen et Loral O’Hara lors d’un repas de Noël à bord de la Station spatiale internationale, décembre 2023.

Andreas Mogensen et Loral O’Hara lors d’un repas de Noël à bord de la Station spatiale internationale, décembre 2023. Source : NASA Johnson Space Center (domaine public), via Wikimedia Commons.

 

 

C’est peut-être pour cette raison que les fêtes spatiales restent gravées dans les mémoires ? Elles séduisent par leur simplicité. Tout tient en quelques images, et chacune d’entre elles nous rappelle que même en orbite, l’homme souhaite toujours célébrer les fêtes à sa manière.

 


 

Photo principale : L'amas NGC 2264, surnommé « Christmas Tree Cluster », photographié par des télescopes collaborant avec la NASA. Source : X-ray: NASA/CXC/SAO; Optical: T.A. Rector (NRAO/AUI/NSF and NOIRLab/NSF/AURA) and B.A. Wolpa (NOIRLab/NSF/AURA); Infrared: NASA/NSF/IPAC/CalTech/Univ. of Massachusetts; Image Processing: NASA/CXC/SAO/L. Frattare & J. Major (domaine public).